Regards #19 : Le logement, c’est maintenant ?

En cette semaine de rentrée des gouvernements locaux, la ville de Victoria et ses élus sont plus que jamais en prise avec le sujet épineux du logement.

Abris d’urgence, logement temporaire, logement locatif et accession à la propriété… l’actualité estivale a prouvé, s’il était encore nécessaire, l’urgent besoin de solution.

Mardi, d’abord, les agents des règlements des parcs de la municipalité de la capitale ont obligé la centaine de personnes qui s’abritaient dans des tentes au Centennial Square à déménager ailleurs. Une ordonnance a été rendue par le directeur des parcs, des loisirs et des installations le vendredi 28 août, qui permet la fermeture de parcs et d’espaces ouverts « là où des conditions dangereuses existent ».

En effet, la semaine dernière, le service de police de Victoria (VicPD) a annoncé le résultat d’une opération d’infiltration au cours de laquelle des agents se sont fait passer pour des clients pour acheter de la drogue, notamment de la méthamphétamine, de la cocaïne, de la psilocybine et du fentanyl dans plusieurs tentes de Centennial Square.

Dix-sept personnes font face à des accusations dans le cadre de l’enquête, et une personne supplémentaire est recherchée pour vol qualifié.

Une opération qui a contribué à attiser les critiques envers la municipalité, qui depuis le début de la pandémie, et conformément aux conseils de santé publique pour réduire le risque de propagation du COVID-19, a modifié ses règlements pour permettre aux personnes vulnérables de s’abriter sur place.

Selon un rapport récent du District Régional de la capitale, plus de 1500 personnes sont sans abris dans la région du Grand Victoria, dont plus de 200 dans le centre-ville de Victoria selon la municipalité.

Malgré les efforts conjoints des municipalités et de la Province, qui en sus des deux hôtels qu’elle a récemment achetés pour héberger les plus vulnérables, vient d’annoncer l’acquisition, sur la rue Meares, de terrains pour construire jusqu’à 50 nouvelles maisons avec des services de soutien permanents pour les personnes en situation d’itinérance, la situation reste extrêmement tendu.

Ainsi, dans le parc Beacon Hill, où la municipalité a autorisé le camping sans restrictions depuis le début du mois de mai pour les sans-abris qui n’ont pu trouver de solutions d’hébergement permanent, une association, les « Amis de Beacon Hill Park », a lancé une collecte de fonds en ligne dans le but de poursuivre la ville de Victoria et ainsi la forcer à expulser les sans-abri qui y résident.

Un recours qui risque bien d’aboutir au vu de la situation juridique inédite qui régit l’utilisation du parc, vieille de plus d’un siècle, qui y proscrit toute manifestation ou établissement provisoire ou définitif.

Une situation de plus en plus complexe pour les élus, d’autant que le District régional de la capitale vient de rejeter une motion du 8 juillet visant à utiliser Oak Bay Lodge comme logement temporaire pour les personnes sans abri. L’ancienne maison de retraite compte 235 logements vacants depuis sa fermeture le 14 août dernier.

Une réponse sécuritaire

La maire de Victoria, Lisa Helps, comme elle l’avait fait après les dommages matériels et infractions constatées dans Topaz parc lorsque celui servait d’abris avant son démantèlent, appelle à davantage de ressources policières pour assurer la sécurité des personnes dans les parcs de la ville.

Aussi, jeudi, le conseil municipal va étudier une proposition recommandant que 94 500 $ soit attribué à une patrouille de service spécial au cours des quatre derniers mois de l’année. S’il était approuvé, ce budget couvrirait les heures supplémentaires liées au déploiement de deux agents quatre heures par jour, sept jours par semaine du 11 septembre au 31 décembre.

Un autre rapport du personnel recommande d’interdire le camping près des écoles et dans certains parcs, de limiter les abris à trois mètres carrés et d’exiger que les structures soient espacées d’au moins quatre mètres.

De plus, une motion des conseillères Marianne Alto et Sarah Potts souhaite débloquer 40 000 $ pour solliciter les personnes en situation d’itinérance, afin de connaître leurs opinions sur la façon de mieux gérer les campements.

De très importants développements privés pour offrir 6000 logements

Dans ce contexte de pénurie de logements locatifs, plusieurs propositions récentes et d’envergure émanant du secteur privé font office de bol d’air et offrent des motifs d’espoir.

A Victoria, une proposition visant à autoriser plus de 1 000 logements locatifs dans au moins quatre tours de 26 et 30 étages, dans la zone autour de l’historique Roundhouse du chemin de fer Esquimalt/Nanaimo, sera étudiée prochainement par le conseil municipal.

La rotonde a été achevée en 1913 et a été désignée bâtiment historique en 1992. Pratiquement inchangée depuis sa construction, elle est représentative de l’ère du chemin de fer à vapeur au Canada. La modification du plan d’urbanisme ajouterait une utilisation résidentielle à une partie de Bayview Place dans les Songhees aux abords du numéro 200 de la rue Esquimalt.

Des immeubles en copropriété ont déjà été construits sur le site de Bayview, comme le Bayview One ou le Promontory. Mais cette fois, selon Ken Mariash, fondateur de Focus Equities, le principal développeur de Bayview Place, « le projet fournira de nombreux logements abordables à Victoria, ainsi qu’une que des services et un aménagement incluant un accès piétonnier et cyclable ».

De plus, le couloir ferroviaire qui traverse le site jusqu’au pont de la rue Johnson serait maintenu dans le plan, et pourrait être utilisé comme lien de transport vers le centre-ville.

« La proposition de rezonage vise à créer davantage de mixité résidentielle, à apporter de la vitalité à la zone de la Rotonde et à compléter le site historique », a déclaré l’architecte Patrick Cotter.

Du côté de Colwood, la ville qui grandit le plus vite en Colombie-Britannique, la création de 2 850 maisons sur le site d’une ancienne gravière à Royal Bay, a reçu, lundi, le soutien initial du conseil municipal.

Le projet de Royal Beach, mené par le consortium Seacliff Properties, doit encore faire l’objet d’une audience publique, et les détails du développement sur le site de 134 acres continuent d’être peaufinés par le personnel municipal.

La proposition verrait une gamme variée de logements, d’espaces commerciaux, de bureaux et de parcs sur la propriété qui s’étend à l’Est de la rue Metchosin jusqu’au bord de mer.

L’ensemble du développement pourrait prendre deux décennies à se compléter et pourrait voir, à terme, près de 5 000 nouvelles maisons construites à Colwood.

Si le projet est approuvé, la construction d’un restaurant-pub sur le front de mer pourrait débuter au début de l’année 2021, ainsi qu’une connexion au niveau de la rue Latoria jusqu’au front de mer.

Les plans prévoient également la création de 50 acres de parcs et de sentiers, dont 10 sites pour des utilisations spécifiques en plein air, telles que des parcours de santé, le yoga ou le beach-volley.

Les plans de Seacliff sont divisés en trois zones : les falaises, le front de mer et les promontoires. Le front de mer, au centre de la propriété, pourrait compter jusqu’à 1 850 maisons, plus un maximum de 80 674 mètres carrés à usage non résidentiel.

Le front de mer comprendrait également un espace pour un éventuel terminal de traversier pour passagers, visant à relier par une desserte maritime triangulaire Esquimalt et le centre-ville de Victoria.

Des propositions bienvenues au moment où, après près d’un an de moratoire, la province de la Colombie-Britannique vient d’autoriser la revalorisation des loyers à hauteur de 1,4 % pour 2021. Une décision qui risque encore d’aggraver la pénurie de logements locatifs, selon plusieurs associations de défense des locataires.

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